Expertise éditoriale

Typographie sur le web :
halte à l’anarchie !

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Le print dispose de son manuel de typographie établi par l’Imprimerie nationale. Mais qu’en est-il du web ? Entre fautes répétées et absence de normes, la Toile en est encore à la préhistoire de la typographie. Quelques pistes pour remettre un peu d’ordre.

 

C’est un fait : les inventeurs de l’informatique et du numérique ne sont pas des experts de la typographie. Sont donc apparues, dans les débuts du web, de grossières fautes qui feraient s’étrangler tout imprimeur qui se respecte. Les apostrophes, normalement incurvées, sont remplacées, dans de nombreux logiciels de traitement de texte, par la prime qui sert d’abréviation pour « minute ».

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Quant aux exposants, indices et petites capitales (trop compliqués), ils disparaissent simplement de certains back-office. Mais, avec les progrès technologiques, le web a affiné son champ des possibles typographiques prenant en compte ces « caractères spéciaux ».

 

La typographie du print transposée au web

Car les informaticiens ont vite effectué le même constat que les imprimeurs il y a plusieurs siècles : les règles de typographie sont là pour aider le lecteur, faire en sorte que la découverte du texte soit fluide et « sans coutures ». Un seul exemple : si l’on choisit de mettre les mots étrangers qui ne sont pas passés dans le langage courant en italique, c’est pour indiquer un changement dans la lecture ou dans la prononciation. La situation room [sɪtjʊeɪʃən] ne se lit en effet pas de la même manière que la situation [sitɥasjɔ̃] du français.

C’est la raison pour laquelle, la plupart des sites web – notamment les sites d’information – ont décidé de transposer ces règles du print. Comme pour le design, l’œil du lecteur est en effet inconsciemment habitué aux usages de la presse et de l’édition. Tout ce qui s’en écarte risque donc de le gêner.

 

À chacun ses règles

Mais, si la plupart des sites se basent sur les règles du print, chacun fait un peu comme il veut pour sa production de contenu. On se retrouve dans la situation du XIIe siècle quand chaque atelier de copistes, chaque clerc possédait ses propres règles d’orthographe. Certains sites utilisent les guillemets pour indiquer le titre d’un livre par exemple quand la règle de l’imprimé voudrait que l’on opte pour l’italique. D’autres parlent de « 2ème tome », certains même de « 2ième tome » et d’autres – suivant la norme de l’Imprimerie nationale – écrivent « 2e tome ». Enfin, de nombreux sites, ne pouvant créer d’espace insécable dans leur back-office, décident de supprimer l’espace précédant le guillemet français pour éviter de se retrouver avec un signe seul en début de ligne.

 

La charte typographique, l’indispensable
de la stratégie éditoriale

Mais l’absence de règles de référence sur le web ne doit pas pour autant être synonyme d’anarchie. C’est la raison pour laquelle tout site qui se respecte possède désormais ses règles typographiques en plus de sa charte graphique. Stratégie éditoriale doit rimer avec charte typographique. Cela évite d’avoir autant d’usages que de contributeurs sur le site, chacun utilisant « ses » guillemets anglais ou français, et « ses » capitales sur les mots qui lui semblent importants. Sans cela, le site passe pour amateur et gêne l’œil du lecteur, déjà bien moins attentif sur écran.

La charte typographique est également l’occasion de réaffirmer l’image de marque de son site. C’est ainsi que le Huffington Post français a adopté des usages proches de la typographie anglo-saxonne quand le site du Monde, reprend les normes ancestrales de son édition papier. Règles typographiques et image de marque vont bien de pair.

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